A.F.A.E.N.A.C.

 

Association des Familles Adoptives d'Enfants Nés Au Chili

L'ACTUALITE SUR L'ADOPTION :


Réaction du MASF au procès de Bobigny :

Depuis le lundi 22 janvier, l'affaire de la vente des bébés bulgares est jugée au tribunal correctionnel de Bobigny. Trafiquants bulgares, intermédiaires entre mères biologiques et mères acheteuses et adultes ayant élevé les enfants qui ont fait l'objet d'un trafic entre 2001 et 2005 se succèdent à la barre.
Afin de ne pas créer de doute autour des procédures d'adoption qui n'ont rien à voir avec ce fait-divers, le MASF a jugé utile d'apporter les précisions : Pour lire le communiqué du MASF, cliquez ici...

Commentaire de l'AFAENAC :

Le MASF (Mouvement pour l’Adoption Sans Frontières), dont l’AFAENAC est l’un des membres fondateurs, a très rapidement rebondi sur l'affaire des bébés bulgares et nous avons immédiatement tenu à publier son communiqué sur notre site. Nous souhaitons le compléter en y apportant quelques commentaires, afin de relativiser et d’expliquer notre position vis-à-vis de ceux qui sont devenus les parents de ces enfants et viennent d’être jugés. On observera, en relisant les articles sur le procès réquisitoire du Tribunal correctionnel de Bobigny, que le substitut Samuel Gillis, lui-même a fait preuve à leur égard de beaucoup d'humanité et de compréhension (cf l’article lu dans Le Monde du 31 janvier):
« Vous n'avez pas vu défiler à la barre des époux Thénardier qui auraient exploité des enfants. Vous avez vu des parents qui, pour la plupart, avaient connu des situations dramatiques, douloureuses, et un véritable désir d'enfant... ».
S'agissant des gens du voyage -les parents des bébés bulgares achetés-, il nous semble indispensable de rappeler qu'ils représentent sans doute la catégorie de population la plus exclue, la plus diabolisée, et donc forcément, la plus discriminée. Ils sont les sans-droits parmi les plus exclus: sans logements, sans travail (qui va donner du boulot à ceux que l'on appelle tour à tour, selon les circonstances, Gitans, Tziganes, Roms, mais aussi bohémiens, romanichels, voleurs de poules, voleurs d'enfants...?), sans minimas sociaux, sans droit à la santé ni à l'éducation, sans statut, et souvent sans papiers. Invisibles dans une société qui les relègue encore à la périphérie des grandes cités, dans des bidonvilles, des vrais, comme ceux où l'on parquait les Algériens dans les années 50 et même 60, on peut voir dans quelles conditions survivent ces anciens nomades, tout près de Paris, en Seine St Denis, coincés entre l'autoroute et le Stade de France, traqués par la police, expulsés par charters entiers comme en décembre 2006.
Chassés de partout, indésirables dans leurs propres pays -la Roumanie, la Bulgarie, notamment-, certains sont parfois contraints d'abandonner leurs enfants à cause de la misère, et nous, nous qui avons dans le large éventail de nos droits, celui de demander un agrément aux services sociaux, nous qui sommes du bon côté de la rue, alors nous adoptons ces enfants et tout est bien ainsi, dans l'ordre des choses et conforme au déroulement des procédures légales.
Mais lorsque certains d'entre eux, qui ont au moins -comme chacun d'entre nous- droit au désir d'enfant, utilisent des voies qu'à juste titre nous réprouvons, ne les méprisons pas, arrêtons-nous un moment pour réfléchir à leur situation, ne jouons pas les moralisateurs et les belles âmes et gardons-nous de les juger, ce n’est pas notre rôle ! En effet, nous sommes des privilégiés, nous avons droit de cité dans notre pays : une adresse, un travail, une réputation, un numéro de sécurité sociale, des relations et des amis qui peuvent témoigner en notre faveur, nous écrire des lettres de recommandation, etc... en somme, tout ce qu'il faut pour être des citoyens dignes de confiance et pour que les portes s’ouvrent devant nous lorsque nous choisissons d’emprunter les chemins de l’adoption. Les Roms, eux, n’ont pas le choix, ils n’ont aucun de ces droits fondamentaux, ce qui fait d’eux des proies toutes désignées pour les trafiquants, les vrais responsables de ces pratiques illicites et mafieuses qui aboutissent à ce que le Tribunal de Bobigny a qualifié à juste titre de « traite d’êtres humains ».
Rappelons enfin que ce sont les trafiquants qui, dans cette affaire, ont été lourdement sanctionnés par la justice, la quasi totalité des parents acheteurs (à l’exception de 4 d’entre eux) n’ayant fait l’objet que de légères peines de prison avec sursis et d’aucune mesure restrictive ou éducative particulière concernant leurs enfants. Un jugement clément, intelligent et humain qui, tout en restant ferme sur les principes, a cherché avant tout à comprendre les situations humaines de chacune de ces personnes, plutôt que de tomber dans un manichéisme aveugle visant à amalgamer parents et trafiquants et à les condamner en bloc, sans distinction.

L'AFAENAC – 2 Février 2007.

           



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