Santiago du Chili, septembre 1973.
Un collège huppé de Santiago, tenu par
un prêtre progressiste, intègre pour la
première fois des enfants pauvres.
Enseigner le respect, la tolérance, par la
connaissance de l’autre... Entre
Gonzalo, fils timide d'une famille bourgeoise
désunie, et Machuca, gamin des
bidonvilles, se développe une amitié fragile. L’action se déroule dans la tourmente
politique qui renversera Salvador
Allende et permettra la prise du pouvoir
du général Pinochet. Andrés Wood fait
resurgir le souvenir de ces événements
dans un film indispensable où apprentissage
et constat social se mêlent subtilement.
Amitié initiatique sur fond de réalisme
historique… Entre deux mondes,
Gonzalo observe, et transgresse. D’un
côté, une maman élégantissime qui
l’oblige à attendre dans le salon de son
amant pendant ses cinq à sept, de l’autre,
la débrouille du monde des bidonvilles
: marché noir, vente à la sauvette.
Gonzalo se grise de cette vie grouillante
sans en connaître bien les règles.
Machuca, lui, sait bien que les choses sont inscrites une fois pour toutes, et
que, comme le lui dit son père, il « nettoiera
toujours les chiottes ». Machuca
n’a besoin de personne pour savoir ce
qu’est le pouvoir de l’argent, le mépris
des riches, car il le vit à chaque instant.
Gonzalo entre par effraction dans un
univers qu’il n’aurait jamais dû connaître
et se laisse aller à croire que la magie
d’une amitié peut changer les choses.
Mais à mesure que s’approche l’issue
fatale, l’insouciance de cette histoire
d’amitié cède la place à toute l’horreur
du tableau politique. La haine des
« nationalistes » est symbolisée par le
personnage du petit ami de la soeur de
Gonzalo. On partage la ferveur et l’espoir
du peuple qui manifeste un soutien
désespéré à l’expérience de l’Unité populaire. Un peuple tout au bonheur de
croire encore à l’utopie d’un changement
social.
Les images du putsch, bouleversantes,
fixent la rupture et l’incompréhension.
Gonzalo, face à la mort, revendique son
origine sociale pour sauver sa peau et lit
dans le regard de Machuca la fin de ses
illusions.
Le film a deux atouts majeurs : l'authenticité des intentions et le talent de
ces jeunes acteurs. Parmi eux, on se souviendra
tout particulièrement de
Mathias Quer (Gonzalo), qui réussit la
prouesse de donner à voir dans un même
regard les espoirs apeurés d'un enfant et
les regrets de l'adulte qu'il sera, et
Manuela Martelli, incroyable dans le
rôle d'une gamine à la sensualité révolutionnaire,
interprétée sans coquetterie.
Andrés Wood montre comment
explose la barbarie quand le pouvoir est
au bout du fusil, et montre que lorsqu’il
n’y a plus rien à faire, demeure toujours
le choix d’être fidèle à soi-même.
Daniel Pinós
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